dimanche 7 juillet 2013

Electrique



Tu descends les escaliers étroits. Tu pousses la lourde porte indiquée "Merci de maintenir fermée". Les fumigènes crachent autant que les Marshall. Tu clignes des yeux au passage des faisceaux de lumière rouge et bleu. En trois dimensions, tu observes le batteur, à bout, qui gesticule, le chanteur qui débite, le guitariste qui joue à la verticale, les gouttes de sueur qui s'échappent en bouquet. Le public qui bouge tout ce qu'il a de cheveux longs pour les garçons, teints pour les filles. Ambiance fin de nuit dans le quartier Yakuin. En applaudissant le dernier morceau de ce premier groupe, tu regardes la pendule, il est 19h30. Ton voisin porte un tee-shirt "drunk punk" et un masque sur la bouche pour ne pas contaminer la minuscule salle de son rhume. Drunk but careful. Tu vois la scène à travers un brouillard de cloppe. Tu apprécies. La batteuse s'installe. Elle s'est fait des yeux de panda avec du khôl, se déchaîne sur le sifflet qu'elle serre entre les lèvres, se lève régulièrement pour achever sa batterie en scandant des phrases suraiguës. Tu te dis qu'il y a beaucoup à apprendre des Japonaises du sous-sol. "Bonjour. Je viens vous parler parce que vous avez l'air cool." Il a 25 ans, une chemise hawaïenne et un grand sourire, il aime James Chance et Phoenix. Il conduit des trains. Tu dis que tu habites près de la gare de Yoshizuka. Il travaille à la gare de Yoshizuka. Sans lâcher son verre de Shochû transparent, enveloppé par la disto, la fumée, les bras dansants perdus, il s'incline profondément deux fois : "Merci d'utiliser la gare de Yoshizuka". Il vous paie une bière. Tu la bois au comptoir rouge et lumineux. Tu écoutes. Tu cherches des yeux la pendule pour savoir quelle heure il est maintenant. Elle a disparu.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire